À proposCity Sampler
Ce site n'est pas un guide.
Je ne connaîtrai jamais une ville.
Une métropole n’est pas une carte postale immobile : c’est un chaos harmonieux, une explosion permanente portée par des milliers de vies qui s’y croisent. Elle se métamorphose à chaque seconde. Les métropoles d'Europe et du monde sont bien trop vastes pour une seule existence. Alors, je les sample.
Mon unique itinéraire ? La déambulation aléatoire. J’ai fait de la désorientation mon plus bel ancrage. Se perdre dans la densité d'un labyrinthe urbain, c’est essayer de se trouver.
J'aime la fixe mobilité du train : glisser d'une capitale à l'autre, regarder le paysage défiler, puis sauter sur un quai sans autre boussole que la curiosité. Là commence la vraie traversée, faite de découvertes éclectiques — une perspective architecturale brutale, un détail insolite gravé sur une corniche, un mot d'esprit sur un mur ou une table de quartier cachée.
Et soudain, la ville te percute. Elle t'impose l'évidence que des milliers d'hommes ont façonné avant nous de si grandes et de si belles choses, à une époque où les engins mécaniques n'existaient même pas. Le voyage permet de comprendre que nous sommes tout petits dans ce monde si grand et si complexe. Mes séries de photos sont ainsi, au fond, un questionnement permanent sur mon propre égo.
Un voyage est une remise en question permanente. Le voyage étire le temps : partir quatre jours, c'est avoir l'impression d'avoir vécu un mois.
Dans un monde obsédé par l'urgence et la rentabilité du temps, je revendique le luxe suprême : prendre le temps d'en perdre.
Au coin d’une ruelle, je fige la fugitive éternité d’un instant. J’observe ce théâtre à ciel ouvert avec une aveuglante clarté : je sais que je ne le comprendrai jamais.
C’est le grand paradoxe du déclencheur : la photo fige le présent et le transforme, à la milliseconde près, en un passé immédiat. Je capture ces ombres lumineuses non pas pour retenir hier, mais pour mieux apprivoiser demain.
Loin des leçons d'esthétique et des dogmes, je n’ai qu’une seule certitude : une photo est belle si elle fait plaisir.
Bienvenue dans mon carnet de dérives.