On ne connaît jamais une ville. On la traverse, on tend l'oreille, on garde trois secondes. Le reste s'échappe, et c'est très bien.
Ce jour-là, à Madrid, j'ai échantillonné.
La lumière d'abord. Elle frappe les coupoles de la Gran Vía et coupe les rues en pente en deux : une moitié à l'ombre, une moitié qui brûle. Le thermomètre affiche 31°C, et un mur me regarde passer avec des yeux immenses.
Puis les voix. Au Mercado de San Miguel, on achète une heure et on la mange debout. À Antón Martín, une femme peinte veille sur des tacos à un euro. Sur une terrasse, tout le monde photographie tout le monde. Ici, chacun sample chacun.
Madrid ne choisit pas, elle mixe. Une Vierge au cœur rose sous une réclame Mahou. Des balcons de fer forgé, une entrée d'hôtel qui déborde de fleurs. Au CaixaForum, la brique flotte au-dessus du vide et le jardin grimpe le long du mur.
Le soir, la Torre de Madrid rougit derrière une piscine qui tremble encore.
Fin de la face A. Je n'ai rien compris à cette ville. J'en ai gardé le son.